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Accueil > Découvrir la Guadeloupe > Art et Culture > Peut-on parler d’identité guadeloupéenne ?
La diversité de la population

Il est difficile de faire la part de l’héritage des Indiens Arawaks et Caraïbes, les seconds ayant supplanté les premiers .Au 19 siècle, ils sont relégués dans la région inhospitalière d’Anse-Bertrand et de la Pointe de la Grande Vigie. Par la suite on perd leur trace puisqu’ils se fondent dans la population du fait de métissages successifs. Quoiqu’il en soit, la part de sang caraïbe coulant dans les veines des Guadeloupéens est assez restreinte, même si on rencontre des habitants présentant quelques traits caractéristiques amérindiens, dans la région de la Pointe des châteaux et surtout de la Pointe de la Grande Vigie. C’est dans le quotidien que se mesure l’héritage des Caraïbes. On retrouve cet héritage dans le domaine de la pêche avec les petites embarcations des pêcheurs de Marie-Galante appelées »pripri », les pièges à ouassous, les nasses en S ; dans le domaine de la cuisine, ce sont les cassaves, les petites galettes de manioc ; dans le domaine du vocabulaire, des mots sont issus d’idiome amérindien : tabac, canot, caye....

La base actuelle du peuplement résulte de l’époque coloniale, elle est composée des descendants des colons blancs et des esclaves noirs.

La population noire représente 28 pour cent de la population. Ce sont les descendants certes des esclaves noirs mais aussi des « nègres congo » venus suppléer au manque de main-d’œuvre, au 18 siècle, après l’abolition et qui se sont installés en Guadeloupe au terme de leur contrat de 10 ans.

Les Mulâtres sont majoritaires et constituent les 65 % de la population. Economiquement, ils forment la petite bourgeoisie de l’île, ils gèrent les petites entreprises. Mais c’est à un autre niveau que leur poids est important. Par essence, ils représentent la synthèse et le consensus, et sont de ce fait les plus à même de gérer les contradictions et les difficultés de ce « pays ».

La population blanche, avec 5 pour cent est demeurée forcément très minoritaire. Elle se compose des « Blancs-Pays » (les descendants des premiers colons français nés en Guadeloupe, parlant le français et le créole) et des « Blancs-France » (les Métropolitains résidant en Guadeloupe pour la durée d’un contrat et qui ne parlent que le français).Les « Blancs-Pays » sont encore appelés « Blancs-créole » en Guadeloupe, « békés » étant le nom qu’on leur donne en Martinique.

Peu nombreux, descendant au maximum d’une trentaine de grandes familles, les Blancs créoles forment un groupe particulier, intégrés au reste de la société (ils sont créoles), ils ne se marient pourtant qu’entre eux, acceptant toutefois d’ouvrir leur groupe aux étrangers blancs. Ils forment une véritable caste et occupent les postes clés de l’économie de marché, contrôlant la charpente économique de l’île. Même s’ils conservent encore de nombreuses exploitations agricoles, ils se sont facilement reconvertis dans l’industrie et la grande distribution (alimentation, concessions automobiles)

A l’origine et jusqu’à la fin de l’esclavage, la communauté blanche était scindée en deux : on distinguait les « Grands blancs », propriétaires de vastes habitations et d’un grand nombre d’esclaves, et les « Petits Blancs », généralement des marins bretons ou normands, propriétaires d’habitations plus modestes ou artisans, et dont la seule richesse était la couleur de la peau. La Révolution française produira un clivage, dans cette population blanche, entre les planteurs royalistes et la classe moyenne partisane des idées révolutionnaires. Le massacre de nombreux blancs royalistes, ordonné par Victor Hugues entre 1794 et 1796, décimera cette population, de 13000 en 1789, elle passera à 1000 en 1796.

Les « Blancs Matignons »

Les « Blancs Matignons » forment un groupe à part au sein de la communauté blanche. Cette petite communauté de 400 personnes environ vit retranchée dans le secteur des Grands-Fonds en Grande-Terre. Tant de choses ont été écrites sur eux que, même s’ils ne forment pas un groupe économiquement important, il est intéressant de comprendre qui ils sont. Deux thèses s’affrontent quant à l’origine du groupe.

La première thèse, la plus communément admise leur donne une origine aristocratique ; ce seraient des Grands-blancs, des nobles, venus se réfugier ici, à la révolution pour échapper à la guillotine abolitionniste de la convention.

La deuxième thèse voit en eux des « Petits blancs », des roturiers venus en Guadeloupe comme engagés qui se sont installés dans les Grands fonds au terme de leur contrat de trois ans. La question posée en ces termes ne met l’accent que sur l’origine sociale du groupe. Or la dénomination « Blancs-Matignons » pose un autre problème, celui de l’identité de la population composant le groupe. Cette identité se fonde sur deux sentiments : le sentiment d’appartenance aux Blancs des grands Fonds et un sentiment familial du fait de l’endogamie, la notion de « prochain »ne se définissant dès lors que par le lien familial(oncle, cousin...).

C’est cette deuxième thèse que privilégient les travaux de Georges Lawson-Body sur l’histoire socio-économique des Grands-Fonds .C’est une explication loin de tout folklore et de toute définition populaire du terme qui fait apparaître les Blancs matignons » comme les descendants des tous premiers colons, des Petits-Blancs. Quand la culture de la canne est devenue prépondérante, ces petits Blancs n’ont pas pu, par manque de moyens financiers, installer en Basse-Terre (la première île à avoir été colonisée) une grande habitation sucrière ; acculés par la pression économique, ils ont dû vendre leurs propriétés foncières .Ils sont donc les victimes d’une rupture apparue au sein des premiers colons pour des raisons mercantilistes. Ils seront contraints de se tourner vers des cultures secondaires (cacao, café, indigo et coton) et se contenter pour cela des terres considérées sans valeur par les grands planteurs sucriers, à savoir celles des Grands-Fonds. Ils sont les premiers à avoir mis en valeur la Grande-Terre sous la forme de petites habitations.

Ces colons malchanceux représentent 50 % des ancêtres des Blancs-Matignons d’aujourd’hui. Les 50 autres % sont issus des engagés qui se sont installés à leur compte au terme du contrat qui les liait pour trois ans à un « grand Blanc », se contentant eux aussi des terres les plus ingrates, celles des Grands Fonds. A la fin du 18 siècle, il n’y a pas encore de Blancs-Matignons, seulement une classe socioraciale et une communauté socioéconomique.

L’intérêt des travaux de Georges Lawson-Body est qu’ils s’appuient sur la liste des patronymes dans les registres d’état civil et de recensement pour démontrer l’origine de la constitution des Blancs-Matignons. Le passage d’une classe d’habitants- propriétaires à celle de Blancs-Matignons s’est faite uniquement sur le mode de la parenté, à partir de 1848, date où est paru le décret d’abolition de l’esclavage. C’est un patronyme qui a fini par désigner tout un groupe socioracial. De par son mode de vie en vase clos et sa pauvreté, ce groupe n’a aucun pouvoir dans la vie économique ou politique de la Région.

La population indienne

La population indienne descend des Indiens originaires du sud de l’Inde, malgré les ressemblances physiques, il ne faut pas les confondre avec les Indiens caraïbes. On les a appelé les « coolies » ou « couli malabar », ils furent des dizaines de milliers à venir dès 1854 remplacer l’ancienne main-d’œuvre servile, apportant avec eux leurs dieux, leurs fêtes et leur cuisine.

Ils sont aujourd’hui à peu près 60000, concentrés principalement dans les communes de Saint-François, Le Moule et Capesterre. Ils sont parfaitement intégrés, leur mode de vie a été en partie créolisé, du fait que la langue créole a conquis tous les foyers hindous. Leur intégration s’est faite sur un échange culturel entre populations : ils ont adopté la langue créole et le catholicisme a même conquis certains foyers hindous ; dans le sens inverse, le colombo, qui est d’origine tamoul, est devenu le plat national de la Guadeloupe.

Un autre élément de la culture indienne à être passé dans la culture guadeloupéenne est le tissu madras. On débat même de l’influence indienne dans le vêtement traditionnel guadeloupéen. Cette intégration ne les a pas pour autant coupé complètement de leurs origines puisqu’ils ont su conserver de nombreux éléments de leurs traditions et patrimoine culturel.

Pour preuve, les temples qu’on repère de loin dans la campagne guadeloupéenne grâce à leurs mâts multicolores sous lesquels des réceptacles accueillent offrandes, bougies et lampes à huile. Le plus connu est le temple de Changy près de Capesterre. De leurs traditions, ils ont gardé le sens du travail et de la famille. Ils ont aussi conservé leurs noms d’origine, contrairement aux guadeloupéens d’origine africaine, qui tiennent leurs patronymes de leurs maîtres.

Faisant partie intégrante de la population guadeloupéenne, les Indiens en sont une composante aussi caractéristique qu’indispensable. S’il fallait en donner une preuve ce serait les nombreuses manifestations et festivités qui ont eu lieu, au cours de l’année 2004, pour commémorer l’arrivée des travailleurs de l’Inde en Guadeloupe et célébrer les 150 ans de présence indienne.

D’autres vagues d’immigration

Il y eut d’autres vagues d’immigration, mais moins importantes, à la fin du 19 siècle. Ce furent d’abord les Italiens qui s’installèrent comme entrepreneurs ou tailleurs, puis les Libanais venus ici pour pratiquer le commerce du textile. Une arrivée plus récente concerne la communauté juive séfarade qui s’est implantée dans le domaine de l’immobilier et du commerce de bijoux. Ils sont installés principalement dans les grandes rues commerçantes de Pointe à pitre. Kaléidoscope, mosaïque, melting- pot, les termes ne manquent pas pour qualifier la société guadeloupéenne, une société pluriethnique d’une grande richesse culturelle qui a donné au peuple guadeloupéen une identité et une culture qui lui sont spécifiques, en bref une âme ; c’est ce qu’on appelle en d’autres termes « la créolité ».




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