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La musique traditionnelle guadeloupéenne : le gwo ka
Tambour des esclaves, le ka est devenu d’abord le symbole d’un appel à la révolte, puis, à la fin du 20 siècle, le symbole de la résistance de tout un peuple à l’aliénation culturelle.
Jusque dans les années 60, le gwo-ka est considéré par la bourgeoisie comme une « musiq a vié nèg », aujourd’hui il est l’essence même de la culture guadeloupéenne.
Le gwo-ka consiste à battre des rythmes sur des tambours rudimentaires, les ka, fabriqués avec de la peau de cabri ; la peau de cabri femelle produit un son aigu, celle du mâle un son grave. Le ka est fait d’un baril de bois entouré de cordes reliées à des chevilles de bois, son nom lui vient ainsi du mot « quart » qui est le gabarit du baril utilisé. Les chevilles de bois jouent le rôle de clés permettant d’ajuster la tension de la peau. En fait dans les concerts on utilise deux tambours, le boula qui donne la base rythmique, et le maké qui accompagne le chant par des improvisations. Il faut ajouter qu’il y a plusieurs rythmes de base : le léwoz, le woulé, le graj, le kalandja et le toumblak.
Parmi les grands « tambouyé », joueurs de tambour, on peut citer Carnot et Chaben, tous deux décédés, dont se réclament Guy Conquête, Eric Cosaque, Esnard Boisdur et Henri Délos, de même que des groupes comme Ven Levé et Akiyo. Le gwo-ka a acquis depuis ses lettres de noblesse grâce aux travaux d’un musicien tel que Gérard Lockel. Chaque année a lieu à Sainte-Anne le festival de gwo-ka qui rassemble des groupes venus de toute la Caraïbe.
Il n’y a pas de carnaval sans tambour, les musiciens s’entraînent pendant des mois pour accompagner les défilés , les tambours utilisés à cette occasion sont plus petits et accrochés autour du cou des musiciens pour leur permettre de suivre les défilés. Les autres instruments à percussion utilisés par les groupes sont le tambour di bass , fait de cerceaux de bois et de peau de cabri femelle, et le tambour dé bonda , un tambour à deux peaux.
Un des chefs de file actuel de la musique guadeloupéenne est Dominik Coco. Il se fit d’abord connaître à Paris à travers le groupe à succès Volt Face et fut catalogué comme chanteur de zouk love. Le « chanteur de ces dames , surnom qu’on lui a aussi donné, explique qu’il avait de la musique une autre vision que celle de chanter l’amour, et qu’à la séparation du groupe il a choisi de renter en Guadeloupe. Il s’exprime désormais en solo dans un style plus personnel auquel il a donné le nom de Kako Music., un style qui n’est ni du zouk, ni du dancehall, ni du compas. C’est un style qui mélange tradition et modernité, son travail se veut revendication identitaire sur la réalité de la culture créole, une culture aux racines africaines. S’appuyant sur la musique traditionnelle, Dominik Coco façonne ses propres sons en mêlant différents sons et utilise beaucoup le gwo-ka. Il explique le choix du terme Kako Music en rappelant que kako désigne en créole la couleur marron et contient donc l’idée d’un métissage, quant au nom du groupe qu’il a créé, Karibean Koumbeat, il précise que koumbeat signifie » coup de main, entraide » en créole Haïtien, voilà qui donne le ton pour une musique engagée. Dans une interview qu’il a donné à David Cadasse, en tant qu’invité au festival Gospel et Racines de Cotonou au Bénin, Dominik Coco dit qu’il a « toujours considéré la musique comme une mission culturelle et éducative ». Son travail musical se situe dans la même revendication identitaire que celle des écrivains des années 90, alors que le zouk était plutôt de la musique pop, on assiste aujourd’hui à une émergence de la musique racine, comme en témoigne aussi un autre groupe très connu en Guadeloupe, le groupe Akyo. Cette musique racine, à travers ses rythmes et le gwo-ka exprime la spécificité du peuple guadeloupéen qui, partant de ses racines africaines, a su créer un style qui lui était propre. On a là une dynamique à l’œuvre , mais, précise Dominik Coco, elle n’est pas repli nombriliste, elle « va dans le sens de la découverte et du partage »
Le dernier album de Dominik Coco est intitulé « Lakou Zoboka », ce qui signifie « la cour aux avocats » , nom du quartier dans lequel il habitait étant petit. C’est plus qu’un hommage à un quartier ; c’est un hommage à un mode de vie et d’éducation qui tend aujourd’hui à disparaître.
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