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La littérature
Les débuts de la littérature guadeloupéenne
La strate profonde d’écrit en créole qu’ on peut appeler protolittérature, concerne des écrits rédigés en créole par des francophones.
C’est l’ouvrage d’un missionnaire dominicain,le Père Labat, intitulé « Nouveau voyage aux Iles de l’Amérique »,écrit en 1722,qui ouvre la voie à la littérature créole.Ce monumental ouvrage , enrichi de plus de cent cartes est une chronique narrative sur toutes les îles des Antilles visitées par ce missionnaire qui fut aussi ehnologue et explorateur.Il contient l’histoire naturelle de ces pays :agriculture, manufactures,comerce, moeurs, religion, main-d’oeuvre noire.Il narre les évènements qui se sont produits durant son séjour, y insérant des histoires de flibuste et de pirates,assaisonnant son texte d’anecdotes amusantes ou cruelles.Cet ouvrage a été réédité en 1993 aux Editions Phébus, Paris, sous le titre "Voyage aux Ïles :chronique aventureuse des Caraïbes 1693/1705"
On peut citer ensuite « Lisé quitté la plaine »,un poème écrit en 1754 par Duvivier de la Malaudière, un béké de Saint- Dominique. A la fin du 18 siècle , le premier texte rédigé en créole guadeloupéen est un texte juridique français : « Les 40 proclamations de l’ère révolutionnaire puis napoléonienne » qui sera également rédigé dans les autres créoles des îles françaises.
Ce qu’on appelle pré-littérature concerne la période où ont été traduites en créole les Fables de La Fontaine. En Guadeloupe, ce sera l’œuvre de Paul Baudot en 1860, à ces traductions, il ajoutera quelques créations personnelles. Il faut souligner que le genre littéraire des fables a complètement disparu du paysage littéraire français alors qu’il est resté bien vivant en terre créole , comme en témoigne « Zayann », fable publiée en 2002 par les Guadeloupéens Hector Poullet et Sylviane Telchid. Comme la chanson et la poésie, la fable est un genre littéraire proche de l’oralité .C’est cette tradition d’écriture qui a donné un premier élan à l’écrit en langue créole en général et en créole guadeloupéen.
C’est avec le premier roman écrit en langue créole que prend essor la littérature créole .Ecrit en 1885 par le Guyanais Alfred Parepou, « Atipa » exprime une revendication linguistique et culturelle . Mais l’œuvre véhicule aussi un message politique : dans le contexte de l’après abolition, il apparaît que l’instruction est pour les anciens esclaves le seul moyen d’échapper à leur nouvelle condition sociale . En effet , libérés de la servitude, ils n’en sont pas moins dans un statut néoservile puisqu’ils sont devenus ouvriers agricoles, servantes.. Cette instruction se fait en français , on mesure l’audace d’Alfred Parepou, qui non seulement publie en créole, mais qui répète à longueur de pages : « Créole a nous langue »(le créole est notre langue). Republié en 1982, après 100 ans de silence , Atipa est déclaré par l’UNESCO « œuvre représentative de l’humanité ».Par l’histoire qu’elle véhicule , l’œuvre définit ainsi une version guyanaise de la créolité, et c’est en cela qu’elle est intéressante car c’est dans ce genre qu’elle inaugure que chaque écrivain antillais affirmera la spécificité de la terre à laquelle il appartient. Mais il faudra attendre les années 50 pour que l’œuvre, et le genre, fasse école.
L’étape se situe dans les années 1950 avec la création, en Guadeloupe , de l’ACRA, l’Académie Créole Antillaise, le 27 juillet 1957. Les concepteurs en sont Gilbert de Chambertrand, Bettino Lara et Rémy Nainsouta. Outre l’important travail de collecte de proverbes et de devinettes auquel elle s’attèle, l’ACRA publie également des recueils de poèmes. Mais surtout l’ Académie tente d’élaborer une graphie propre au créole, mi étymologique, mi phonétique. Avec l’ACRA, la bourgeoisie guadeloupéenne prend conscience de l’importance de la culture créole.
Il y aura ensuite, dès 1970, la « révolution créolisante « qui définira le créole comme une vraie langue et même comme la langue antillaise. Poètes, nouvellistes, dramaturges et romanciers bâtiront une vraie littérature en créole. En Guadeloupe, les artisans en seront Hector Poullet et Sony Repaire. Ils rompront avec les canons de la poétique française et puiseront dans la poétique de l’oralité créole, en mettant à contribution les contes, devinettes, proverbes, comptines, chansons .
Extrait de Bel Bel Zobé de Tony Repaire, publié en 1979 :
« Doumbedoum- doumbedoum
tou lé zanné, asou plas-la
chouval bwa ka koumys bwa bwa :
doumbedoum-bedoum-bedoum...
Toupannan i ka woulé
Ti-bway ka jwé désann-monté
Bedoum-bedoum-bedoum. »
C’est une littérature qui véhicule un message culturel et politique. D’abord elle valorise le petit peuple, coupeurs de canne, servantes, ouvriers ; ensuite elle dénonce l’attitude de la petite bourgeoisie antillaise, obsédée par le désir de se blanchir en reniant la langue et la culture créole dans ce qui apparaissait comme une véritable créolophobie. Il faut rappeler que, dans les années 1950/60, étaient placardées dans les écoles des affiches portant l’inscription : « Il est interdit de parler créole et de cracher par terre. »
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